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  • Lettres à T.

Natacha Nicaise


Liège, le 5 février 2019,


Quand je suis allée voir Teresa chez elle il y a deux semaines, je ne m’attendais pas à ce que nous puissions parler, surtout elle. Elle a beaucoup parlé, elle m’a raconté sa maladie, les recherches qu’elle faisait sur le contrôle de la douleur et sur le cancer d’une manière générale.

Passionnée comme toujours, mais déçue d’avoir si peu de temps. Elle m’a expliqué toute une série de trucs et ficelles tirés de ses analyses et qu’elle, Edi et ses enfants mettaient en place pour prolonger le temps devenu hyper précieux…


Elle a parlé de sa petite fille qui ne voulait pas qu’elle parte, et de comment elle voulait lui adapter en pièce de théâtre une chanson mexicaine qui s’appelle « ne me tire pas dessus », et nous avons écouté la chanson ensemble en rigolant, c’était hyper mignon et très kitch, à la mexicaine.

Elle a aussi parlé d’une cassette avec des berceuses qu’elle voulait envoyer à sa mère en Espagne, de sa thèse, des collègues de l’entreprise où elle bossait, de Edi et de comment elle avait réussi à « mettre les choses en place pour le mettre à l’abri » et qu’elle ne mourait tjs pas… de comment elle voyait et construisait son monde après sa mort, comme un ensemble de tableaux de Miro, en noir, bleu rouge, avec une jetée dans la mer, musical, coloré, joyeux, en mouvement perpétuel.


Enfin…. Elle a évoqué énormément de choses et de gens avec un débit de parole époustouflant considérant les circonstances.

Elle m’a demandé si je voulais bien prendre la parole lors des funérailles qu’elle préparait avec Lionel. Bien sûr.


Et je la vois prendre note. Depuis lors, cette question : de quoi aurait-elle voulu que je parle en fait ? Il y a tellement de choses à dire à propos de Teresa et tellement de gens proches… j’ai essayé d’analyser sa demande stratégiquement…. Elle a dû me laisser une piste, elle devait avoir une idée en tête …

Lors de notre dernière conversation, nous avons essayé de définir notre relation. Elle me voyait comme sa fille brésilienne et moi je lui disais que ce n’était pas comme une maman que je la voyais, mais plutôt comme une fée clochette magique qui avait toujours été là pour moi….

Teresa… cette femme si géniale qui ne voulait pas être maman et qui s’est occupé de tellement de gens ! Je parle à la première personne en pariant que c’est probablement de tout un ensemble de gens dont elle voulait que je parle, de ces relations affectueuses, protectrices, rigolotes, stimulantes intellectuellement qu’elle a créé et maintenu pendant des décennies avec des gens comme moi. En passant par les câlins d’enfants, les conseils d’ado, le soutien inconditionnel aux opinions et aux choix de vie non-conventionnels, les encouragements constants, l’optimisme, l’humour l’humour l’humour… et cet exemple merveilleux de courage, de détermination, de bonne humeur et de réinvention permanente absolument anti-normative.


Un exemple existentiel, un mode d’emploi en soi. Même si nos conversations me manqueront toujours, je sais que tu as tout fait pour nous, Teresa, nous, tous ces enfants que tu as adoptés si généreusement, afin de nous laisser un héritage pratique et théorique pour mener nos vies à bien ainsi que celle de nos enfants.


Te quiero mucho.


Natacha







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