Biographie

Par Véronique Servais

Avec la participation de Edi Jacquin, Zoé Jacquin, et Vincent Jeanteur

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Teresa Garcia Rivera (1958 – 2019)

 

Teresa Garcia Rivera naît à Mexico en 1958, dans une famille de la classe moyenne aisée. Ses parents ont fui la guerre d’Espagne. Son père, comptable et homme d'affaires, travaille beaucoup et meurt prématurément, alors que Teresa est encore adolescente. Elle parlera toujours de lui avec beaucoup d’émotion dans la voix, et le regret de l’avoir perdu si tôt. Après avoir terminé ses études secondaires, Teresa entame des études de psychologie à L’Universidad Iberoamericana à Mexico. Elle termine sa licence en 1979 puis vient faire son Master à l’Université Libre de Bruxelles, qu’elle termine en 1981. Elle entame ensuite une formation à la thérapie familiale sous l’égide du Pr. Edith Goldbeter et fait un stage au service de psychosomatique de l’Hôpital St Pierre de Bruxelles. En 1982, Teresa part pour trois ans étudier au Mental Research Institute de Palo Alto (Californie). Là-bas, en plus de se former à la thérapie brève sous l’égide de Paul Watzlawick, J. Weakland, R. Fish, elle se forme à la bio-énergie au Bioenergetic Institue of Nothern California (San Francisco), à la Gestalt-thérapie au Gestalt Institute of San Franciso, et à l’hypnose Ericksonienne, avec le Pr. Jeffrey Zeig, au Milton Erickson Institute à Phoenix, Arizona. Au MRI, elle suit également des enseignements portant sur le traitement de la dépression et des troubles alimentaires dans une perspective systémique, avec Jim Coyne et Lynn Segal. Telle est sa formation de base, incroyablement riche. Mais en fait, Teresa ne cessera jamais de se former.

 

A Palo Alto, Teresa rencontre Jean-Jacques Wittezaele, fervent lecteur de G. Bateson, venu se former à l’approche systémique et à la thérapie brève. Ils tombent amoureux et c’est ensemble qu’ils fondent à Liège (Belgique), en 1986, le Centre Gregory Bateson. Celui-ci deviendra quelques années plus tard l’Institut Gregory Bateson. En Europe, c’est l’époque de la découverte et de l’enthousiasme pour ces méthodes thérapeutiques nouvelles centrées sur le paradoxe et la cybernétique, et pour cette approche radicalement différente des problèmes et du changement que propose le modèle de Palo Alto. Convaincus par le « changement de paradigme », comme on disait alors, auquel invitait la systémique, et soucieux de développer encore leur pratique de la thérapie brève, Teresa et Jean-Jacques retournent au MRI de 1988 à 1990. En plus d’assister aux séances de thérapie du Brief Therapy Center et de partager de longs échanges avec Paul Watzlawick, Richard Fish et John Weakland, ils étudient les archives du MRI et de l’Université de Santa Cruz, et approfondissent leur compréhension des liens entre l’œuvre de G. Bateson et la pratique de la thérapie brève. A leur retour des USA, l’Institut Gregory Bateson devient un Centre de Formation et un centre de thérapie de plus en plus reconnu. Jean-Jacques défend un doctorat à l’Université de Liège fondé sur les travaux menés à Palo Alto et ils publient ensemble, en 1992, « A la recherche de Palo Alto », aux éditions du Seuil, fruit de leurs discussions et de leurs recherches. Le livre sera traduit en Espagnol et republié en édition de poche en 2015. Ils deviennent également les représentants officiels du MRI de Palo Alto pour l’Europe francophone.

 

Teresa Garcia Rivera reste co-directrice de l’IGB jusqu’en 2008. En 2008, elle quitte l’IGB pour fonder, à Paris, CIRCE : un Centre d’Information et de Recherche sur le Changement et l’Evolution des Systèmes humains. Circé est un projet ambitieux, qui vise à rassembler les multiples compétences et centres d’intérêt de Teresa. Alors qu’à l’IGB l’essentiel des interventions et des recherches portaient sur le système formé par le patient et les « autres qui comptent » (la famille, le groupe de pairs, les collègues) Teresa s’intéresse de plus en plus au changement et à la créativité dans les systèmes complexes : les organisations, l’école, les entreprises (elle publiera en 2013, avec Michel Vidal, un ouvrage sur Palo Alto à l’Ecole). Chez Circé, dit-elle nous étudions les processus qui bloquent ou favorisent le développement de la capacité des individus et des groupes organisés à se transformer et s’adapter sainement à leur environnement changeant. Ses qualités exceptionnelles d’intervenante stratégique, sa compréhension intuitive et directe des stratégies inefficaces, sa vision du « larger pattern », son empathie, son intérêt pour le changement et la créativité font d’elle, en quelques années, une consultante reconnue et demandée par les plus grandes entreprises belges et françaises. Notons que si Teresa peut s’engager avec autant de passion dans le développement de Circé, c’est aussi parce qu’elle est secondée par un homme hors du commun (mais terriblement discret), son compagnon Edi Jacquin. Avec Edi et ses enfants, Teresa a trouvé une famille : elle est devenue mère de cœur, marraine et grand-mère. Sa famille fut pour elle une source de joie, d’amour et de fierté.

 

Tous ceux qui ont rencontré Teresa Garcia savent à quel point les mots de « stratégie » et de « créativité » n’étaient pas pour elle de vains mots. Son discours fourmillait d’idées, d’exemples et de traits d’humour, ce qui faisait d’elle une enseignante et une conférencière hors pair. Elle avait une vision stratégique « naturelle » qui lui venait, disait-elle des adaptations qu’elle avait dû mettre en place très tôt avec une mère difficile à gérer – ainsi disait-elle parfois, en guise de boutade, qu’elle avait commencé à être thérapeute stratégique à l’âge de 2 ans.

Mais, alors que les thérapeutes stratégiques peuvent avoir tendance à s’enorgueillir du pouvoir qu’ils ont sur les familles ou leurs patients (grâce à l’efficacité de leurs techniques), Teresa est toujours restée extrêmement modeste, pratiquant plutôt le « pouvoir du dedans » des éco-féministes que le « pouvoir sur » du patriarcat. Jamais elle ne cherchait à contrôler un patient ou un client. Elle pouvait se réjouir sincèrement d’une intervention particulièrement efficace, mais il s’agissait pour elle de s’émerveiller devant la finesse et les rouages du système que son intervention venait mettre à jour, et non de s’enorgueillir de sa puissance ou de son ingéniosité. Son « mantra » en intervention : « œuvrer pour que chacun puisse augmenter le nombre de choix possibles dans sa vie personnelle, familiale ou professionnelle. »

 

Au sein de Circé, Teresa Garcia s’est entourée d’une équipe de pédagogues, de coaches, de psychothérapeutes et d’intervenants convaincus par l’approche systémique qu’elle y proposait. Elle a toujours pu compter notamment sur Fabrice Pierredon, ami et fidèle compagnon, thérapeute instinctif et percutant, comme principal collaborateur pour la formation chez Circé.

Elle a progressivement développé un modèle, le modèle PEARLsystem®, qui devait permettre de décrire une situation en tenant compte de ses éléments essentiels : la Perception, l’Émotion, l’Action, la Relation et la Leçon. L’objectif était de disposer d’un modèle simple mais complet, intrinsèquement systémique, susceptible d’être mis à disposition de tout intervenant, quelle que soit sa formation d’origine, pour l’aider à analyser une situation. Sur le site de Circé, Teresa précise que PEARL est le produit de ses multiples formations : thérapie brève bien sûr, mais aussi Gestalt, Hypnose Ericksonienne, psychologie positive, méthodes énergétiques et formation en coaching. Pearl était aussi, pour elle, une manière de réintroduire les émotions et l’apprentissage dans un modèle résolument constructiviste, afin de comprendre comment se forme, se sédimente et se rigidifie un pattern liant étroitement émotions, perceptions et action, modes de relation et vision du monde. Au sein de Circé, Teresa a également développé les formations à distance et s’est associée pour ce faire au réseau LACT, un réseau international de recherche et de formation sur la thérapie brève.

 

Dans son dernier ouvrage (Palo Alto se livre, Editions Satas, 2017), un livre d’entretiens réalisé avec Marie Le Gall, le lecteur retrouve toute la spontanéité, l’humour et la vision systémique de Teresa Garcia, qui n’hésite pas à aborder des sujets de société difficiles ou très minés. Mais elle le fait toujours avec une approche créative qui propose au lecteur une vision nouvelle de ce qu’il croyait bien balisé. Et tout à coup, de nouvelles possibilités surgissent, comme par magie.

Intégrer l'équipe de KeaPrime constitue pour Teresa un aboutissement : ce cabinet de conseil en management dont la raison d’être rejoint tout à fait sa philosophie et sa manière de fonctionner lui permettait de mettre en pratique le fruit de toutes ses recherches au sein d’un collectif. Avec sa générosité, son humilité et son authenticité, Teresa a transmis son enthousiasme et son état d’esprit, au service du développement de l’humain en entreprise.

En 2018, à 60 ans, Teresa venait de s’inscrire en thèse à l’Université de Montpellier. Elle adorait les nouveaux défis.

Malheureusement, la maladie l’a emportée avant qu’elle puisse véritablement se lancer dans cette nouvelle aventure.

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