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  • Lettres à T.

Florence Jacquin

Dernière mise à jour : févr. 3


La Dame de Cœur


… la plus optimiste et entêtée qui aimait les gens !



J’ai rencontré ce cœur il y a 20 ans, et je l’aimais déjà avant de l’avoir vu. A l’époque, je m’inquiétais du sort de mon papa et j’ai tout de suite été rassurée : il était assurément aimé, et c’était réciproque. Quel bonheur !


J’ai été frappée par une humilité toute particulière, et également une spontanéité. Cela m’a touchée de plein fouet. Comment quelqu’un avec une carrière si importante allait-elle vivre les choses du quotidien ? et en famille ? Le cerveau qui se cachait sous cette chevelure pleine de boucles allait-il sortir de son travail ? Allait-elle nous analyser constamment ? Et bien non, j’ai rencontré la femme la plus nature qui soit. A la maison, pas de réflexions sur la double contrainte, ça parlait fort, on riait beaucoup, on s’insurgeait… Et si nous voulions faire appel à ses lumières, il fallait faire selon le nombre de verres de vin passés par là. Et puis… seulement, peut-être y avait-il une réponse. C’est qu’elle la voulait sensée, sa réponse, la grande dame.


Un jour qu’elle avait un contrôle fiscal : « Ils peuvent venir tout saisir, je ferai péter la maison avant ! » Elle était on ne peut plus sérieuse… ! « Je fais péter la maison, ils n’auront rien ! » Moi qui trouvais sa maison si belle… Elle partait du principe que le matériel n’était pas très important, et sans doute avait-elle en tête le contenu de tous ses livres ! Imaginez l’échange avec cet accent chaleureux qui ne l’a jamais quitté…


Papa s’occupait d’elle à merveille, il fallait voir ça. Il l’assistait, et elle en avait besoin. Elle nous avait tous les 3 conquis avec cette simplicité, sa loyauté et sa pointe d’exagération qui colle au narrateur mexicain.


Leur maison est devenue l’endroit où nous adorions être, Lio, moi et mes frères et sœurs. Nous avions toujours des discussions extraordinaires, inscrites dans l’autodérision comme nous l’aimions. J’adorais faire le pitre et j’avais un bon public, Teresa riait sans cesse de mes bêtises, et c’était très gai. Lionel avait eu deux enfants avant de me rencontrer, et elle les a pris comme ses petits-enfants tout de suite. Elle était comme ça.

Le temps passant, Lionel et moi avions décidé de nous marier. Et 5 mois plus tard, nous avions l’immense joie de devenir parents tous les deux. Nous avons alors proposé à Teresa d’accompagner notre fille dans ce monde, chose qu’elle accepta avec beaucoup de bonheur et d’émotion. Elisa s’appelait désormais Elisa Teresa Huber. Et nous étions contents. Nous sommes partis en vacances, nous avons passés de belles après-midis dans le jardin de papa et Teresa, avec ces conversations animées qui nous plaisaient tant.


Edi et Teresa, ce sont deux grands optimistes, qui ont quitté le confort de leur famille bourgeoise, sans se retourner, en suivant leur rêve. Ils l’ont fait.


Teresa était ravie d’être marraine, maman par procuration, et grand-mère par alliance. Mais elle travaillait énormément. C’était non seulement d’une importance vitale pour elle ; pour sécuriser l’aspect financier ; mais aussi et surtout pour laisser une trace sur terre. Quelques trucs intelligents qui allaient servir. Apporter un regard un peu plus large sur un problème, augmenter la solidarité entre les gens en cas de sinistre (on s’en fout de savoir qui est qui !), et enfin, elle nous invitait à remettre en question ce que les médias nous servaient à longueur de temps.


… Elle ne croyait pas si bien dire. Face à cette crise actuelle, toujours plus profonde, instrumentalisée par « l’info » instable et de moins en moins fiable. Le fossé se creuse entre des gens que nous appellerons « normaux » et d’autres qui vivent à une autre vitesse, plus rapide, plus renseignée, avec plus de pouvoir…

Si on nous avait prévenus, nous ne l’aurions pas cru.


Sur ton lit de l’au-revoir, tu m’as dit : « j’ai reçu tant d’amour… »

Et bien, nous allons faire en sorte d’en donner à qui en manquera terriblement. Notre vie sera étoilée par-ci, par-là de choses importantes et primordiales. L’amour de l’autre, nous ne le lâcherons jamais. Aimer les gens comme ils viennent, sans les juger. Qui sommes-nous pour juger ?



Je remercie l’univers d’avoir fait converger nos chemins pour un temps.

Bye bye la Marmotte, je t’aime énormément.





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